Théories du complot et internet#

Informations

  • Tutoriel

  • Auteurs : Philippe Dessus, Inspé & LaRAC, Univ. Grenoble Alpes et Christophe Charroud, Inspé, Univ. Grenoble Alpes.

  • Date de création : Septembre 2020.

  • Résumé : Ce document s’intéresse au formes de complotisme ou conspirationnisme diffusées par internet et les manières d’éduquer les élèves à les analyser pour s’en départir.

  • Voir aussi : Document gene:pensee-critique et Document Les infox (fake news).

Informations supplémentaires
  • Date de modification : 07 juillet 2024.

  • Durée de lecture : 11 minutes.

  • Statut : En travaux.

  • Remerciements : Merci à Richard Monvoisin pour ses conseils bibliographiques.

  • Statut du document : En cours.

  • Citation : Pour citer ce document : Auteur·s (Date_de_création_ou_de_révision). Titre_du_document. Grenoble : Univ. Grenoble Alpes, Inspé, base de cours en sciences de l’éducation, accédé le date_d_accès, URL_du_document.

  • Licence : Document placé sous licence Creative Commons : BY-NC-SA.

Introduction#

  • le réchauffement climatique est un canular (1/3 des étatsuniens le pense) ;

  • l’attaque du 11 septembre 2001 n’a pas été réalisée par des terroristes membres d’Al Qaida, mais par le gouvernement des USA (4/5 des étatsuniens le pense) ;

      1. Oswald n’a pas agi seul pour assassiner J.F. Kennedy, la C.I.A. l’a commandité (1/4 des étatsuniens le pense) ;

  • la pandémie de Covid-19 a été intentionnellement déclenchée par des chinois/les USA/les industries pharmaceutiques/la 5G ;

  • les Illuminati influencent fortement l’économie internationale (1/5 des Français le pense) [Lantian et al., 2016] ;

  • les vaccins (notamment le ROR) serait une cause d’autisme.

Ces différentes assertions sont régulièrement formulées, notamment sur internet ; elles ont leur audience, des personnes, des sites les défendent. Parfois, elles ont débuté dans des revues scientifiques (comme celle sur la vaccination), mais ont été rapidement invalidées, ce qui ne paraît pas empêcher leur diffusion. La France est par exemple le pays européen où la défiance à la vaccination est la plus forte [Larson et al., 2016].

Toujours sur le thème de la santé et en particulier pour la Covid-19, un très grand nombre d’informations erronées ont été véhiculées par différents médias, leur portée et impacts ont conduit l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS, voir OMS 2020) à dénoncer cette situation et ses dangers en utilisant le néologisme« infodémie » (infodemic, formé à partir d’information et d’epidemic).

Croire en des théories du complot n’est donc pas un phénomène marginal, c’est en revanche un phénomène préoccupant pour l’intérêt public, puisque la croyance en certaines théories induit des comportements pouvant être problématiques (e.g., concernant le réchauffement climatique, la vaccination, le non-port du masque), le complotisme rabaisse les connaissances scientifiques en “faits alternatifs”, les relativise. Ce document, très inspiré de [Reichstadt, 2019] (L’opium des imbéciles) en donne quelques clés (le terme “imbécile”, à notre avis, est trop facilement apposé et ne caractérise pas les complotistes).

Ce que l’on sait#

Définitions#

Un complot est une manipulation frauduleuse et collective avérée, tenue secrète, et réalisée par des acteurs souvent considérés comme puissants [Reichstadt, 2019].

  • l’action est concertée, c’est-à-dire intentionnelle. Leur instigateurs partageraient des objectifs, des intérêts communs, qu’ils veulent remplir en concevant un plan ;

  • l’action est secrète, ces objectifs sont plus ou moins cachés, secrets est c’est le principe d’une TdC de les mettre au jour, de les dévoiler au plus grand nombre ;

  • l’action est frauduleuse, répréhensibles et dommageables pour des intérêts particuliers, mais plus souvent publics, ou contre le bien commun.

  • l’action provient d’un groupe d’invididus, un complot, une conspiration, ou une conjuration souligne que plusieurs personnes (leur nombre varie selon les complots).

  • ajoutons à ces quatre points qu’il est aussi nécessaire que l’action soit d’une certaine ampleur, impliquant des dommages supposés conséquents. La dimension d’un complot dépasse souvent la simple dimension criminelle (e.g., comploter pour cambrioler une banque), mais a une dimension économique et/ou politique, et à tout le moins sociale, voir par exemple le scandale du Watergate ou l’affaire des plombiers du Canard enchaîné [Douglas et al., 2019]. Cette dimension politique est particulièrement intéressante à pointer : la plupart des TdC ont un message politique à diffuser.

Une théorie du complot (dorénavant TdC), est bien de révéler un complot (voir ci-dessus), mais d’une manière particulière :

  • elle dévoile un complot sur un mode spécifique loin d’être neutre : accusatoire.

  • son pouvoir explicatif est censé être important : elle est censée révéler des causes ultimes, en dévoilant des actions secrètes d’acteurs puissants, comme un récit “alternatif”, concurrençant la “version officielle” (Reviron et al., 2016).

  • si la chaîne causale d’événements d’un complot est réelle ; celle d’une TdC relève d’une allégation dont tout ou partie des événements relatés est erronée.

  • sa formulation, de plus, est difficilement voire non falsifiable, c’est-à-dire qu’elle n’utilise pas les canons scientifiques d’administration de la preuve. C’est sans doute le point le plus problématique puisque toute TdC véhicule des croyances inexactes et éloignées de la connaissance ;

  • les personnes qui croient à des TdC, ont déjà tendance à croire à un faisceau de complots et ils ont une forte motivation à les transmettre à d’autres, à convaincre de son bien-fondé [Boyer, 2018] ; ces croyances sont ainsi moralisées. Détaillons ce dernier point.

L’appel aux croisades#

Les TdC fonctionnent, comme le dit Boyer [Boyer, 2018] un peu comme un “appel aux croisades” : un petit groupe de gens convaincus appellent d’autres personnes de rejoindre leur coalition pour défendre une cause, ou une “croisade” (e.g., pour défendre les enfants contre les vaccins). Ce faisant ils lancent des signaux très précis, toujours selon Boyer (id., p. 86) :

  • ils pointent vers une menace potentiellement dangereuse (réelle ou imaginaire) non pas seulement pour eux, mais pour le plus grand nombre ;

  • ils suggèrent que le combat contre cette menace doit être fait de manière collective, qu’une aide est nécessaire ;

  • ils suggèrent aussi que la participation à cette action collective est un impératif moral, pas simplement liée à des préférences individuelles.

Les composants#

Une TdC suppose la réunion de quatre éléments [Reichstadt, 2019] (pp. 16–17), toutefois pas toujours présents simultanément :

  • un événement rare, exceptionnel, important (comme un décès, une épidémie, une catastrophe) ;

  • un principe maléfique, souvent un bouc émissaire hors de la communauté qui produit la théorie : les étrangers, les juifs, les élites, la CIA, l’état, des lobbies, etc. ;

  • une “structure d’accueil”, c’est-à-dire “un mythe complotiste préexistant capable de prendre en charge cette nouvelle théorie en l’intégrant dans une série plus longue et lui donnant […] sens, épaisseur, consistance” (id., p. 17)

  • des circonstances inattendues ou inexpliquées, permettant au complotiste d’expliquer des coïncidences et de les relier au complot.

Ces éléments sont là pour présenter, bien sûr, une théorie erronée, mensongère, qui parfois peut même s’appuyer sur des raisonnements scientifiques soigneusement choisis (“cherry picked)”.

Pour autant, comme le souligne Taguieff, il est plus aisé, pour comprendre les TdC, de se pencher sur les bénéfices cognitifs, émotionnels, culturels, et souvent politiques que les créateurs et diffuseurs de TdC récupèrent (Taguieff, 2017).

Le profil du complotiste#

Une personne intéressée à croire (et éventuellement diffuser, même si on peut diffuser des TdC sans y croire soi-même, voir Monvoisin 2020) des TdC ont les caractéristiques suivantes :

  • s’intéresser à certaines TdC les rendent plus perméables à de nouvelles, car on ne peut savoir aisément et assurément où se trouve la vérité ;

  • rejeter les théories et faits scientifiques couramment établis, et accepter les superstitions ;

  • se démarquer des autres, et des “versions officielles” (“à moi, on ne la fait pas !”), ce que certains [Lantian et al., 2016, Lantian et al., 2017] nomment le “besoin d’être unique”, notamment en possédant des connaissances que les scientifiques et experts ne possèdent pas eux-mêmes.

Des études ont montré un lien inverse entre croyance en des TdC et niveau d’éducation, mais peu d’études ont étudié par quels mécanismes. Une étude [Prooijen, 2017] faite aux Pays-Bas montre que les variables suivantes sont médiatrices entre la (plus faible) croyance en la TdC et le niveau d’éducation : – la pensée analytique ; – la moindre inclinaison à croire que des problèmes complexes ont des solutions simples ; – le plus grand contrôle sur son environnement.

Une autre étude récente [Nera et al., 2020] montre que plus les personnes sont enclines au conspirationnisme, plus elles ont tendance à penser – que le terme TdC a été justement forgé par les élites pour discréditer ce type de croyances, et – que ce terme est inadéquat pour caractériser de telles croyances.

Pourquoi des complots ?#

Pourquoi l’esprit humain a tendance à voir, derrière certains événements, des traces de complot ? Tout d’abord, comme le souligne Reichstadt, “aucune société humaine ne peut se dispenser d’une économie du secret”, donc des personnes complotant et leurs produits, des TdC, ont existé et existeront. Par exemple, on ne peut nier l’existence de lobbies [Horel, 2018], par exemple dans les domaines comme le militaire, la pharmacie, la commercialisation du tabac ou de l’alcool.

Toutefois, le complotisme n’est pas si efficace, c’est-à-dire que crier au complot amène rarement un pas vers la vérité. Reichstadt rappelle que nombre d’événements douteux, de projets avortés, de coups-fourrés, de révélations gênantes, de fuites, ont été révélés, souvent par des journalistes ou des commissions d’enquête, sans avoir été étiquetés TdC au moment de leur révélation.

On a pu montrer [Mercier, 2020] qu’il est très possible que la détection de complot soit une compétence adaptative (i.e., joue un rôle positif dans la sélection évolutionnaire). Ainsi, être attentif au risque d’une alliance contre soi-même est une compétence potentiellement utile pour survivre dans toutes les sociétés. Citons Mercier (p. 158) : [une TdC] est à propos une coalition (jackpot) de personnes puissantes (double jackpot) qui représente une menace significative contre nous (triple jackpot). » Porter attention à des TdC paraît être, de ce point de vue, une compétence utile…

Complotisme et internet#

Si le complotisme a bien sûr préexisté à internet, il prospère depuis la mise en place de ce réseau : il est en effet très facile de propager des TdC via les réseaux sociaux, parfois sous couvert d’anonymat. On a pu dire qu’Internet aide la diffusion de plus de TdC, mais pas nécessairement l’aide au développement de TdC : la grande vitesse de propagation d’une TdC peut d’une part la rendre moins convaincante car moins susceptible d’avoir été articulée en éléments cohérents et d’autre part la rendre plus aisément et rapidement réfutée [Douglas et al., 2019].

Si certains sites (voir références ci-dessous) se prétendent informatifs et diffusent pourtant des informations très partielles, de type TdC, ce qui peut piéger leurs visiteurs, ce ne sont pas souvent des sites avec une forte audience. Ainsi ([Douglas et al., 2019]), c’est un public croyant aux TdC qui va préférentiellement consulter de tels sites, et les TdC ont plus de chances de rester confinées au sein d’un public polarisé. Une étude [Bessi et al., 2015] montre que 80 % réponses positives (likes ou commentaires positifs) à un échantillon de près de 5 000 billets propageant des TdC dans le réseau social FaceBook étaient le fait d’utilisateurs déjà “complotistes” (donc, seulement 20 % de “recrutés” non familiers de TdC).

Ce que l’on peut faire#

Si l’on reprend les résultats et les conclusions de l’étude réalisée aux Pays-Bas [Prooijen, 2017], il est peut-être inutile de pointer explicitement sur la validité ou l’invalidité de TdC : enseigner aux élèves une pensée analytique (voir plus haut), leur montrer que des problèmes complexes ne peuvent avoir de solution simple, en stimulant leur sens du contrôle, et leur montrant qu’ils peuvent être des personnes signifiantes dans la société, ou tout simplement en leur permettant d’exercer modérément leur scepticisme.

Les conseils ci-dessous sont issus de [Group, 2020]. Les stratégies suivantes sont utiles pour freiner la diffusion de TdC.

Contenir la propagation de TdC#

On va d’autant moins partager des billets parlant de TdC si on est capable de se poser des questions simples à leur propos, également valables pour les infox (voir Document Les infox (fake news)) : - la source de l’information est-elle fiable ? ; - l’information semble-t-elle crédible ? ; - y a-t-il des motivations politiques ? - le style du billet est-il d’un niveau de presse professionnelle ?

Inoculer pour se protéger des TdC#

On peut aussi alerter le public par avance sur des TdC qui risquent de les atteindre. Ainsi, poster des avertissements explicitant une possible TdC, et la réfutant par avance. Ce procédé a un certain effet : le public ayant connaissance d’arguments-“vaccin” ont moins tendance à croire la TdC que celui prenant connaissance de la TdC en premier. Cela ne fonctionne que pour des TdC spécifiques, pas pour se protéger d’une tendance au complotisme, car les personnes enclines au complotisme rejettent par défaut tout argument scientifique et rationnel.

Débusquer les TdC#

On peut enfin débusquer des TdC, par des contre-messages fondés sur des preuves scientifiques. Cela fonctionne, là aussi plutôt chez les non-complotistes. Cette stratégie est meilleure que de ridiculiser la TdC, d’apporter des arguments agressifs visant à créer une compétition avec la personne croyant la TdC. De même, faire preuve de compassion envers ceux croyant aux TdC n’est pas efficace.

Travailler sur les TdC en 8 étapes#

Le document de Reviron et al. (2016) permet de travailler avec des élèves de lycée sur la TdC, en 8 étapes progressives et éclairantes. Nous y renvoyons le lecteur :

  1. La charge de la preuve : la charge de la preuve incombe à celui qui énonce la TdC, et on peut leur en demander.

  2. Réfutabilité et biais de confirmation : un énoncé doit être réfutable, à quoi cela sert-il de discuter avec quelqu’un qui aura toujours raison ?

  3. Rumeurs et vérification de la source de l’information : prendre conscience des processus de diffusion de rumeurs.

  4. Valeur du témoignage et niveau de preuve : réfléchir par avance à quelle(s) preuve(s) serai(en)t nécessaire pour vous convaincre de tel ou tel énoncé.

  5. L’étouffement cognitif : assommer son interlocuteur avec de nombreux mauvais arguments ne font pas une argumentation solide et crédible.

  6. Le bizarre est possible : des événements semblant impossibles peuvent l’être en réalité si on réfléchit à leur probabilité d’occurrence.

  7. Le rasoir d’Occam : privilégier les explications les plus parcimonieuses.

  8. S’interroger sur la qualité générale de l’argumentation : les points ci-dessus aideront.

Exercices#

  1. Prenez un complot et détaillez-le selon les 4 principes expliqués dans la section Définitions de ce document.

  2. Dites, sur une échelle de 1 (complètement faux) à 9 (complètement vrai) ce que vous pensez de la question suivante [Lantian et al., 2016] (p. 9). Plus votre score est élevé, plus vous pouvez être sensibles aux TdC.

Différents évènements politiques ou sociaux importants (comme par exemple les attentats du 11 Septembre 2001, la mort de Lady Diana, l’assassinat de JFK) font l’objet de discussions. Il est suggéré que la « version officielle » de ces évènements serait une tentative de dissimulation de la vérité au grand public. Cette « version officielle » masquerait le fait que ces évènements aient été planifiés à l’avance et secrètement préparés par une alliance cachée d’individus ou d’organisations puissantes (comme par exemple les services secrets ou un gouvernement) ayant des intentions malveillantes. Et vous, qu’en pensez-vous ?

Sites internet#

Site de veille contre les TdC#

Informations contre les TdC#

Sites complotistes#

Références sur Internet#

Références#

Bessi et al., 2015

Bessi, A., Coletto, M., Davidescu, G. A., Scala, A., Caldarelli, G., & Quattrociocchi, W. (2015). Science vs conspiracy: collective narratives in the age of misinformation. Plos One, 10(2). doi:10.1371/journal.pone.0118093

Boyer, 2018(1,2)

Boyer, P. (2018). Minds make societies. New Haven: Yale University Press.

Douglas et al., 2019(1,2,3)

Douglas, K. M., Uscinski, J. E., Sutton, R. M., Cichocka, A., Nefes, T., Ang, C. S., & Deravi, F. (2019). Understanding conspiracy theories. Political Psychology, 40(S1), 3-35. doi:10.1111/pops.12568

Group, 2020

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Horel, 2018

Horel, S. (2018). Lobbytomie. Comment les lobbies empoisonnent nos vies et la démocratie. Paris: La Découverte.

Lantian et al., 2016(1,2,3)

Lantian, A., Muller, D., Nurra, C., & Douglas, K. M. (2016). Measuring belief in conspiracy theories: validation of a french and english single-item scale. International Review of Social Psychology, 29(1). doi:10.5334/irsp.8

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Larson et al., 2016

Larson, H. J., de Figueiredo, A., Xiahong, Z., Schulz, W. S., Verger, P., Johnston, I. G., … Jones, N. S. (2016). The state of vaccine confidence 2016: global insights through a 67-country survey. EBioMedicine, 12, 295-301. doi:10.1016/j.ebiom.2016.08.042

Mercier, 2020

Mercier, H. (2020). Not born yesterday. The science of who we trust and what we believe. Princeton: Princeton University Press.

Nera et al., 2020

Nera, K., Sarah, L., & Klein, P. P. L. E. (2020). A “conspiracy theory” conspiracy? a mixed methods investigation of laypeople's rejection (and acceptance) of a controversial label. International Review of Social Psychology.

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Prooijen, J.-W. v. (2017). Why education predicts decreased belief in conspiracy theories. Applied Cognitive Psychology, 31, 50–58. doi:10.1002/acp.3301

Reichstadt, 2019(1,2,3)

Reichstadt, R. (2019). L'opium des imbéciles. Paris: Grasset.